Le feuilleton politico-judiciaire appelé désormais Opiangahgate vient de connaître un nouveau rebondissement : la décision de la Chambre d’accusation. En effet, cette dernière a rejeté la demande de non-lieu introduite en appel par les avocats d’Hervé Patrick Opiangah. La raison évoquée par le président de cette Chambre ? C’est la non-comparution du présumé prévenu devant le Juge d’instruction. Une décision qui vient conforter la thèse du complot politique qui vise à éliminer, par tous les moyens, Hervé Patrick Opiangah.

La décision de la Chambre d’accusation est donc tombée, après plusieurs semaines d’attente. Ulric Arnol Nzoundou Bignoumba et le Collège des juges de cette Chambre n’y sont pas allés par quatre chemins pour rejeter la demande de non-lieu introduite par les avocats d’Opiangah. Si cette décision surprend une partie de l’opinion, du simple fait qu’elle est aux antipodes du Droit et de la Justice, de nombreux observateurs y voient une justice instrumentalisée à souhait pour régler les comptes politiques à Hervé Patrick Opiangah.

Mais cette décision qui a du mal à faire l’unanimité au sein de la corporation des magistrats et du Barreau de Libreville. Selon eux, elle est « trop indigeste dans un contexte où la justice devrait retrouver ses lettres de noblesse. » « L’humiliation de tout un corps est à son comble à travers une décision inique motivée par un motif saugrenu ! », s’est exclamé un jeune magistrat à l’annonce du verdict. Pour lui, « c’est impensable que des juges de cette trempe puissent tomber aussi bas dans une procédure aussi simple que celle liée au dossier Opiangah. Le président de la Chambre d’accusation, Ulric Arnol Nzoundou Bignoumba, s’est appuyé volontairement sur la non-audition d’Opiangah devant le Juge d’instruction, comme si ce dernier avait retenu des griefs contre lui. Jusqu’à preuve de contraire, la justice n’a aucun élément de preuve qui peut justifier la comparution d’Opiangah devant une quelconque juridiction », a-t-il affirmé, avant de démontrer que, « l’on ne devrait même pas arriver à la Chambre d’accusation avec un dossier aussi truffé de vices de forme et d’autres incohérences censé amener le Juge d’instruction à le classer dans suite. Mais nous comprenons les motivations qui animent ceux qui traitent ce dossier. Quelle honte ! Cela vient jeter l’opprobre sur tout un corps » a-t-il déploré.
Selon un autre juriste expérimenté, « cette décision de la Chambre d’accusation permet de comprendre l’ampleur de cette affaire. Ce qui est dommage est que la justice – qui devrait rétablir la vérité -, a publiquement choisi son camp. S’il y a d’autres choses qu’on reproche à Monsieur Hervé Patrick Opiangah, qu’on le dise clairement à l’opinion publique. Que veulent-ils que ce Monsieur vienne leur dire à partir du moment où ce dossier est totalement vide, sans plainte déposée au préalable pour justifier les poursuites engagées contre lui et exiger sa comparution devant le Juge d’instruction ? Comment peut-on pousser le vice aussi loin lorsqu’on sait que le Procureur de la République a menti volontairement sur la date de dépôt de la fameuse plainte ? Plainte non-recevable puisqu’émanant non pas de la présumée victime, mais de la mère qui n’avait pas qualité à agir et qui avait déclaré le contraire quelques semaines auparavant. Qu’est ce qui pouvait justifier le déploiement des forces de défense de 3ème catégorie dans une soit-disante affaire de mœurs ? Voilà des questions auxquelles devrait répondre tout magistrat qui se respecte. Et s’ils tiennent à le convoquer, devant qui Monsieur Opiangah se présentera ? Devant le Juge d’instruction qui veut l’entendre sur les faits qui lui sont reprochés ? Mais, lesquels exactement ? Jusqu’à preuve du contraire, le ministère public n’a pas pu s’autosaisir, dans cette affaire. La norme juridique veut que l’instruction soit toujours faite à charge et à décharge. Or, cette affaire révèle un acharnement flagrant contre un citoyen, sans plainte, sans victime, sans le moindre indice pour justifier toute cette cabale judiciaire, et sans la prise en compte des mémoires de ses avocats. Comme certains bien avant moi l’ont dit, le dossier Opiangah est une affaire politique qui n’a pas sa place devant les juges » a-t-il conclu.

Après Bruno Obiang Mvé, Procureur de la République, et Eddy Minang, Procureur général de la Cour d’appel, voilà que le président de la Chambre d’accusation de la Cour d’appel, Ulric Arnol Nzoundou Bignoumba, vient ajouter son nom dans la liste noire des magistrats qui sont incapables d’assumer leurs rôles de défenseurs des droits des citoyens. La décision qu’il vient de rendre démontre selon l’un de ses collègues, membre du Syndicat National des Magistrats du Gabon que « la restauration d’un véritable État de droit n’est qu’un simple vieux pieux des plus hautes autorités. Les magistrats sont des sujets malléables à souhait par les politiques. Cette dépendance notoire ne peut permettre à la justice de jouer pleinement son rôle. C’est elle-même qui contribue à rendre ce genre de décision sans se soucier de l’impact que cela aura sur l’image de notre pays et sur la crédibilité de notre justice. Se compromettre jusqu’à ce point, pour régler des comptes politiques, tire notre justice vers le bas et la discrédite au plus haut point ».
Quoi qu’on dise, le feuilleton de l’affaire Opiangah est loin de connaître son épilogue. Mais ses avocats sont déterminés à épuiser toutes les voies de recours, en espérant que le bon sens, la sagesse et le patriotisme finiront par triompher des complots infâmes qui n’honorent ni le pays ni la justice. Le cas échéant, c’est devant la communauté internationale que le linge sale sera lavé.
Par Cresas Bidza















