Le collège électoral gabonais est appelé à choisir ce 12 avril 2025, celui qui présidera durant les sept prochaines années, aux destinées de la nation gabonaise. Un scrutin qui marquera la fin de la Transition entamée au lendemain du Coup d’État du 30 août 2023. Si l’issue de cette élection ne fait planer aucun suspens sur celui qui sera déclaré vainqueur par les instances compétentes, elle laisse tout de même des inquiétudes quant au respect des principes fondamentaux d’un véritable État de Droit, socle de toute équilibre sociétal, des libertés individuelles qui sont gages d’une équité sociale, et de la liberté d’expression, essence même de la démocratie.

Le Gabon s’achemine tranquillement vers la fin de la Transition avec l’élection d’un président de la République qui marquera le retour à l’ordre constitutionnel. Si le bilan peut sembler positif pour certains, à la simple raison que le chronogramme fixé par le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI) a été dans la moindre mesure respecté, il ressort tout de même que de nombreux engagements exprimés par le Président de la Transition et la Charte de la Transition n’ont pas été respectés. Mieux que les stigmates d’un régime tyrannique pointent à l’horizon au lendemain de la proclamation de cette élection qui a été organisée pour permettre au président de la Transition de continuer sa mission avec la tunique d’un président élu démocratiquement.
Une fin de Transition qui se caractérise par le non respect des sacro-principes d’un État de Droit.
En effet, le début de la 5ème République sera marqué au Gabon par un scandale politico-judiciaire qui a poussé un citoyen en exil forcé pour échapper à un attentat politique savamment mené par les magistrats pourtant rompus à la tâche. Une affaire désormais pendante devant la Commission Africaine des Droits de l’Homme qui a été saisie par les Avocats de Hervé Patrick Opiangha, ancien ministre des Mines du premier gouvernement de la Transition, Président de l’Union pour la Démocratie et l’Intégration Sociale (UDIS) et l’un des acteurs civils clefs du Coup d’Etat du 30 août 2023.

Les différents rebondissements de cet imbroglio politico-judiciaire ont démontré que les déboires d’Hervé Patrick Opiangah ont commencé le jour qu’il a dit NON au projet de référendum soumis par les autorités de la Transition en novembre 2024, une chasse à l’homme a été lancée contre lui. La justice Gabonaise rentrera dans la danse en évoquant des faux mobiles pour accabler le président de l’Union pour la Démocratie et l’Intégration Sociale. Des faits non étayés par des preuves, des poursuites engagées sur la base d’aucune plainte, parjure avéré du Maître des poursuites, blocage du dossier par le Procureur général, toutes choses qui ont amené des observateurs avertis à conclure que l’affaire Opiangah est une affaire politique et que la solution devrait être politique.
Curieusement depuis près de cinq, malgré la démonstration scientifique prouvant que le dossier de cette affaire est vide et qu’un non-lieu devrait être prononcé sans une autre forme de procès, les autorités judiciaires n’ont toujours pas donné suite. Une situation embarrassante qui prive le citoyen Opiangah de ses droits élémentaires, lui qui a toujours demandé à ce que les conditions de son retour sécurisé soient garanties pour se mettre à la disposition de la justice de son pays.

Qu’est ce qui peut donc justifier ce pourrissement de la situation entretenue par la justice et cet indifférence des autorités politiques de la Transition qui avaient promis de restaurer les institutions et de redonner la dignité aux Gabonais ?
Pour un membre du Syndicat National des Magistrats du Gabon (SYNAMAG) « l’affaire Opiangah prouve à suffisance que notre justice est toujours dépendante du politique. Et c’est pourquoi le Gouvernement ne compte pas rendre la rendre indépendante et autonome. Il faut avoir une bonne dose de courage pour aller à l’encontre de la volonté de celui qui a le pouvoir de votre nomination. Et dans ce dossier qui n’en est pas un, à défaut de dire le droit en prononçant un non lieu avec réhabilitation de ses droits, la justice n’a pas d’autres issues que celle de mettre le dossier dans les tiroirs, car rien ne justifie pas que ce dossier soit pris en otage, sans être transféré à la Chambre d’accusation depuis plus de deux mois » a-t-il regretté, avant d’avertir que « Le Gabon a signé de nombreuses conventions internationales en ce qui concernent les droits de l’homme, des libertés individuelles et surtout la dignité humaine. L’image que renvoie notre pays à la Communauté Internationale concernant cet affaire est très négative et les représentants diplomatiques dans notre pays en parlent déjà. La seule issue pour notre pays de sortir de cette affaire tête haute est la prononciation d’un non lieu en faveur d’Opiangah et son retour sécurisé parmi les siens. Continuer dans ce déni de justice et de droit discrédite les discours politiques et toutes les bonnes intentions que peuvent avoir les autorités politiques pour garantir une justice équitable à tous » a-t-il conclu.

Si l’affaire Opiangah était jusqu’à un passé pas très lointain, un cailloux dans la Rangers du général Oligui Nguema, celle-ci va désormais devenir une odeur puante de musaraigne dans le costume du président élu. Une odeur qui ne s’accommode pas avec les pays et les institutions qui prônent et qui défendent les valeurs inviolables des droits fondamentaux, au risque d’être perçus comme des complices des pays irrespectueux de ces droits.
Par Cresas Bidza















