Le cri d’alarme lancé par les magistrats grévistes à leurs collègues chefs des juridictions, à s’affranchir de leur dépendance du politique qui manipule la justice à ses fins, sera-t-il entendu par ces derniers ? Pas très évident au regard de la décision incongrue et incompréhensible rendue par la Doyenne des Juges d’instruction suite à la demande de non lieu formulée par les avocats d’Hervé Patrick Opiangha.

La crédibilité de la justice Gabonaise est mise à rude épreuve dans ce qu’on appelle désormais Gabon,’ ‘’le feuilleton Opiangha’’, qui étale au grand jour, les pratiques d’une justice aux abois et fortement politisée. C’est ainsi que, contre toute attente, et en s’appuyant sur des arguments spécieux du Procureur de la République près du Tribunal de Libreville, la Doyenne des Juges d’Instruction vient de rejeter cette demande qui avait pourtant toutes les raisons de prospérer au regard de la vacuité du dossier.
En effet, la raison évoquée par le Maître des poursuites est la non présentation d’Hervé Patrick Opiangha devant le Juge d’Instruction pour répondre des faits qui lui sont reprochés. C’est sur cette raison que son compère, la Doyenne des juges d’instruction s’est appuyée pour prononcer cette décision qui a fait réagir plusieurs observateurs et des praticiens du Droit qui suivent l’évolution de cette affaire, digne d’un »Polar politico-judiciaire ».
Pour un avocat qui ne fait pas parti du Conseil du leader politique de l’Union pour la Démocratie et Intégration Sociale, « Cette décision vient confirmer les réelles motivations de la justice dans cette affaire. Elles sont purement d’ordre politique » a-t-il déclaré, avant de poursuivre que, « Il est aberrant de voir le droit être bafoué jusqu’à ce niveau par des individus qui sont censés être les gardiens du temple. Rien ne peut justifier le maintien des poursuites contre ce monsieur, au moment où aucune preuve des allégations formulées contre lui n’est véritablement pas établie ». Revenant sur le motif de non comparution évoqué par le Procureur de la République, il tranche : « C’est un argument spécieux, d’une incongruité symptomatique. A moins que le Maître des poursuites lui reproche autre chose qu’on ne nous dit pas. Mais sur les chefs d’accusation dans cette affaire présumée de mœurs, sa raison ne tient pas, pour la simple raison qu’elle est entourée de nombreuses zones d’ombre. D’une part, l’on ne sait exactement pas qui est la partie civile dans cette affaire où la principale présumée victime balaie du revers de la main toutes les allégations et autres dénonciations. D’autre part, le ministère public ne pouvait se saisir de cette affaire que s’il avait de preuves formelles des faits évoqués. Or il est clairement établie jusqu’à ce jour qu’aucune preuve n’accable Hervé Patrick Opiangha sur ces faits. En conséquence, le doute demeure et persiste. Devant cette situation, et là ce sont les préliminaires du droit, quand il y a doute, il profite à l’accusé », a-t-il conclu.

Pour un magistrat membre du Syndicat National des Magistrats du Gabon (SYNAMAG) qui s’était déjà exprimé sur ce dossier à travers nos colonnes, « C’est dommage que la bêtise persiste jusqu’à ce point. Sans mettre en doute la compétence de certains de nos collègues qui sont des praticiens avérés dans le domaine, l’on peut tout simplement regretter qu’ils choisissent aveuglément et sans mettre les gants, de servir servilement le politique », déplore t-il, avant d’expliquer que « Comme je l’ai déjà dit, le dossier sur cette affaire qui ternie un peu plus l’image de notre justice est vide. Et la procédure est viciée depuis le départ. Pour une simple information judiciaire sans éléments de preuves, l’on n’avait pas besoin de mobiliser des escouades de l’armée jusqu’à la troisième catégorie pour commettre toutes les violations enregistrées. L’on croyait découvrir un véritable scandale après. Que nous a-t-on servi ? Des témoignages décousus montés de toutes pièces. Un véritable pétard mouillé, une tempête dans un verre d’eau » s’est il exclamé.

Revenant sur la raison du rejet de la demande du non lieu, « Comment peut-on invité quelqu’un à venir comparaître pour des faits qui n’existent même pas ? Quel élément dispose le Juge d’instruction pour confondre Hervé Patrick Opiangha à partir du moment où la présumée victime a été constant dans ses déclarations de n’avoir jamais été abusée d’une manière ou d’une autre par son père ? » S’est interrogé notre interlocuteur avant de conclure que : « Le spectacle que nous offre notre justice est indigne. C’est toute la corporation qui en sort humiliée ».
Dans l’attente, les Avocats d’Hervé Patrick Opiangha n’ont baissé les bras. Ils ont saisi la Chambre d’Accusation aux fins de se prononcer sur cette demande de levée des poursuites contre leur client. La suite à donner à cette requête par cette Chambre determinera la voie qu’elle aura choisi. Celle de la dignité en disant le droit, gage d’un équilibre social, ou en se laissant instrumentaliser. De toute façon et comme l’a bien rappelé le président du Syndicat des Magistrats du Gabon, ces personnes qui ont la vie des autres concitoyens entre leur conscience devraient savoir, « Qu’au-delà de leurs fonctions, ils resteront magistrats à vie ».
Par M.A















