Le feuilleton politico-judiciaire dont le rôle principal est interprété par la Justice gabonaise qui s’enlise et s’englue de plus en plus dans une procédure bidouillée, démontrant ainsi sa soumission aveugle à l’exécutif qui a pris pour cible Hervé Patrick Opiangah, la Justice surjoue son rôle au point de ne plus se gêner de torpiller les principes élémentaires d’un Etat de Droit. Coincée et désormais dos au mur, cette justice attend, selon plusieurs sources, l’ordre du président de la République, Chef de l’État et Chef du gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, pour lever les poursuites qui pèsent toujours sur Opiangah, malgré la vacuité du dossier et de nombreuses irrégularités observées depuis le déclenchement de cette persécution politique.

La libération de Sylvia Bongo et de son fils Noureddin Bongo Valentin et la décision de rejet de la demande de non-lieu – introduite par les avocats d’Hervé Patrick Opiangah –, par la Chambre d’accusation de la Cour d’appel de Libreville, vient mettre au goût du jour l’image d’une justice à plusieurs vitesses et d’un traitement au faciès.
La demande rejetée pour motif de non-comparution de l’intéressé devant le doyen des juges d’instruction continue de susciter des commentaires au sein même de la grande maison de la justice. Un motif incongru qui démontre, selon un magistrat, membre du Syndicat National des Magistrats du Gabon « que la justice gabonaise veut s’accrocher à des éléments sans valeur pour maintenir les poursuites contre Opiangah ».
En effet, l’affaire dite Opiangah qui n’est qu’un règlement de comptes politiques a révélé l’incapacité des principaux responsables des juridictions à dire le droit. Pire, elle a montré le côté hideux d’une justice aux ordres et les rapports incestueux qu’elle entretient avec les tenants du pouvoir exécutif.
C’est cette soumission aveugle de la justice qui l’empêche de prononcer un non-lieu à l’endroit d’HPO alors que ce serait la conséquence logique d’un ensemble d’éléments réunis.
Des éléments que la Chambre d’accusation a pourtant reconnus comme probants lors de son réquisitoire à savoir : le défaut de la qualité du plaignant, la date erronée de dépôt de la plainte, l’absence de preuves, la réfutation des faits par la présumée victime. Si on ajoute le délit de parjure – dont s’est rendu coupable le Procureur de la République près du Tribunal de Libreville – rien ne peut davantage justifier le maintien des poursuites contre Opiangah.

Pourquoi la justice gabonaise préfère alors se ridiculiser au point de fermer les yeux sur ce qui est une évidence ? Notre interlocuteur, membre du SYNAMAG, se confie et perce l’abcès.
Pour lui, « le dossier Opiangah est une affaire politique de haut niveau. La justice n’est utilisée que pour essayer de brouiller les pistes et donner un cachet juridique à cette persécution politique», a-t-il déclaré d’entrée de jeu, avant d’ajouter que « l’indépendance de notre justice est juste une simple vue de l’esprit lorsqu’il s’agit des dossiers sensibles liés aux intérêts politiques. Connaissant le milieu, les magistrats reçoivent directement des ordres des politiques pour l’exécution de certains actes et la conduite à tenir dans certains dossiers ». « Les magistrats, en général, et les responsables de juridictions, en particulier, sont parfois de simples exécutants des ordres qui viennent du sommet de l’exécutif », a révélé notre interlocuteur qui pense que « comme dans l’ancien système, les procès politiques sont toujours d’actualité sous la cinquième République. Les poursuites injustifiées contre Hervé Patrick Opiangah sont une illustration parfaite de l’utilisation de la justice pour régler des comptes politiques ».

Quant au dénouement de cette affaire, qui continue de défrayer la chronique et qui écorne un peu plus l’image de la justice gabonaise, le syndicaliste n’est pas passé par quatre chemins. Selon lui, « les magistrats attendent l’ordre du Chef de l’État pour déclarer un non-lieu, l’arrêt des poursuites et un retour sécurisé d’Hervé Patrick Opiangah parmi les siens », a-t-il révélé. « Au regard de toute la procédure, c’est-à-dire de la première convocation émise par la police judiciaire – sans aucune plainte – au rejet par la Chambre d’accusation de la demande du non-lieu, tout porte à croire que les magistrats en charge de ce dossier ont reçu des instructions précises de nuire, par tous les moyens, à la personne d’Opiangah. La preuve : pour une affaire d’inceste inventée de toutes pièces, le Procureur de la République a voulu insidieusement introduire une tentative d’atteinte à la sécurité intérieure qu’il a eu du mal à prouver. Mieux nos collègues veulent à tout prix entendre un citoyen contre qui aucune charge n’est retenue. Toutes ces manœuvres prouvent tout simplement que l’ordre a été donné au sommet de l’Etat. Et les magistrats se battent comme des beaux diables pour justifier l’injustifiable », a déploré notre interlocuteur. Avant de conclure qu’«aucun magistrat n’a le courage de dire le droit lorsque le dossier implique le sommet de l’Etat. Et pour le dossier Opiangah, tant que l’ordre ne viendra pas du Président de la République, les magistrats camperont sur leurs positions. Ce procès ne connaîtra pas son épilogue devant les magistrats, si le Chef de l’Etat ne dénoue pas le nœud ».
Quoi qu’on dise, la libération controversée de Sylvia Bongo et Noureddin Bongo Valentin qui, malgré les élucubrations indigestes du Procureur général, porte le visa du président de la République, Chef de l’Etat et du gouvernement, vient renforcer la thèse d’une justice qui reçoit des ordres venant d’ailleurs. Ce qui pourrait justifier le pourrissement de la situation d’Hervé Patrick Opiangah qui, malgré un dossier vide et jonché d’irrégularités, reste toujours dans le viseur de la justice de son pays, en attendant que le Chef de l’Etat veuille bien donner d’autres orientations. Impossible dans ces conditions de parler de la séparation des pouvoirs dont se gargarisent certains mais qui n’est, dans les faits, qu’une triste illusion.
Par Borris Olame















