L’affaire Opiangha continue à faire couler beaucoup de salive. Même dans certains milieux des initiés qui sont censés maîtriser le droit, les langues se délient sous cape pour exprimer la gêne, l’indignation et même la colère de voir les règles élémentaires d’un État de droit foulées aux pieds par des magistrats qui sont censés garantir la justice. C’est ainsi qu’un magistrat, qui a sollicité et requis l’anonymat a fait quelques confidences en tant que membre du Syndicat des Magistrats du Gabon, sur ce dossier qui continue à défrayer la chronique.

Le sacro principe de solidarité de corps ne pouvait pas lui permettre de s’exprimer à visage découvert. Mais ce défenseur des causes des magistrats a tenu à clarifier les raisons de cette sortie anonyme. « En tant que magistrat, nous sommes des lumières qui éclairent la cité. Les actions que nous posons devraient donc être en harmonie avec la conscience collective pour que notre mission soit conforme aux engagements pris, de rendre la justice de manière équitable à tous, au nom du peuple. Et comme l’avait dit Desmond Tutu, je le cite, « si vous êtes neutre dans une situation d’injustice, alors vous avez choisi le côté de l’oppresseur » fin de citation. C’est pour éviter d’être complice, que je viens dénoncer les graves irrégularités constatées dans ce qui est devenu affaire Opiangha », a-t-il tenu à clarifier, tout en nuançant , « mon intention n’est pas de défendre monsieur Hervé Patrick Opiangha qui est un justiciable normal et qui dispose d’un Conseil assez efficace, mais une sorte d’autocritique en tant cadre de la magistrature et membre du syndicat d’impose . Et j’avoue déjà que si l’on était dans un pays où l’Etat de droit est une réalité, l’instance disciplinaire devait se saisir de ce dossier pour rappeler à l’ordre ceux qui l’on piloté. Mais là n’est pas le problème » a fait remarquer le syndicaliste.

Avant de rentrer dans le vif du sujet il a regretté le fait que des professionnels du droit, rompus à la tâche et ayant une expérience avérée puisse commettre des bourdes aussi dégradantes pour leur corporation. « Le droit est une science, tout comme l’économie et autres, il y a des évidences qui ne peuvent pas changer » a-t-il déclaré, avant de continuer en soulignant que « Un praticien du Droit ne peut pas se permettre des sorties de pistes, quelques soient les raisons qu’il peut évoquer. Et l’on constate pour le regretter que le Parquet de Libreville qui a lancé la procédure ne s’est basé sur aucune règle du droit. À commencer par la nature et la qualité du plaignant. Le Procureur de la République, un homme respecté et respectable a affirmé au cours d’une déclaration qu’une plainte a été déposée contre Hervé Patrick Opiangha pour des faits cités, sans faire mention du nom du plaignant et sa qualité. La norme aurait voulu qu’on nous dise que X a porté plainte contre Mr Opiangha pour les faits de……. On parle d’un prétendu oncle qui aurait porter plainte. Dans ce cas, le parquet devrait parler d’une dénonciation faite par l’oncle pour des préjudices subis par sa prétendue nièce. Là encore, il faut que la nièce en question soit mineure et sous l’autorité de l’oncle en question. Or, il est établi et formel que la présumée victime n’est plus mineure et qu’elle n’a jamais été sous l’autorité de son oncle. De ces évidences, le maître des poursuites ne devait pas recevoir ni la plainte, ni la dénonciation », a démontré en premier lieu le syndicaliste.
En pédagogue et pour bien se faire comprendre à ce sujet, notre interlocuteur a fait une parallèle avec la plainte qu’avait déposé courant 2024 Hervé Patrick Opiangha contre X sur le scandale du grand marché de Libreville, impliquant deux Hautes fonctionnaires. Dans ce cas affirme le magistrat « Opiangha n’a pas seulement fait une dénonciation, mais il a porté plainte contre X avec constitution de partie civile, sans citer nommément des individus qui étaient derrières ce scandale. Il a apporté les preuves assez suffisantes pour que la justice déclenche les poursuites, curieusement, ce dossier très attendu par l’opinion, semble être enterré » a-t-il regretté, avant de préciser que « j’ai fait cette parallèle pour expliquer la différence entre une dénonciation fondée et ce que l’on appelé une fausse dénonciation, c’est-à-dire dénoncer des choses dont on n’a pas la preuve. Si non, il serait très facile qu’un quidam dans la quête de nuire, dénonce des choses à votre encontre qu’il ne peut étayer » a rappelé le syndicaliste.
Revenant sur les boudes commises sur l’affaire Hervé Patrick Opiangha, l’homme de loi déplore la procédure employée par le parquet et dénonce un harcèlement qui n’avait pas lieu d’être. « Je n’ai jamais compris la fougue qui a animé le responsable des Officiers de police judiciaire (OPJ) à mettre la main sur Mr Opiangha sur des faits qui n’étaient pas constitués. Quel élément de preuve avait-il pour lancer cette chasse a l’homme ? Quel argument avait il pour confondre le présumé incestueux ? A partir du moment où la victime s’est dite ne pas se reconnaître dans ces affabulations, le parquet devait arrêter toute procédure, et à la rigueur ouvrir une procédure pour poursuivre ceux qui ont fait prospérer c’est allégations » a-t-il regretté.

Le magistrat s’est aussi interrogé sur l’intervention des militaires et autres forces non concernées dans la procédure pénale, comme il s’est dit très surpris par les différentes perquisitions et l’interpellation des proches d’Opiangha. « Je ne comprends toujours pas le zèle débordant qui a animé le maître des poursuites en acceptant l’armée d’intervenir et mener des perquisitions. Ce sont des abus graves. Hervé Patrick Opiangha constituait-il un danger public pour mobiliser les militaires de la Garde Républicaine et les éléments de la DGSS ? Pourquoi une simple enquête qui n’avait même pas lieu d’être va se transformer à une véritable chasse à l’homme, interpellant au passage parents, amis, employés et autre sympathisants de son parti politique » ? S’est encore interrogé le syndicaliste, qui ne comprend toujours pas le corolaire entre les faits reprochés et les biens de l’intéressé mis sous scellés. « Une autre bourde, le coffre fort éventré en absence d’un représentant du propriétaire et des bijoux scellés. Quel est le lien entre les faits et cette action qui risque être lourde de conséquences pour le maître des poursuites ? A-t-il laissé entendre.

Face à cette situation qui démontre la légèreté avec laquelle le parquet s’est engagé et au regard du préjudice causé non seulement à Hervé Patrick Opiangha, mais aussi à tous ceux qui ont été d’une manière ou d’une autre victime dans cette affaire, notre interlocuteur propose la voie de la sagesse. Pour lui, il est clair que cette affaire est politique, mais que le politique voulait prêter la main forte de la justice pour régler les comptes à un adversaire peut-être gênant. Chacune des parties devraient désormais jouer son rôle pour ramener la sérénité. « Face à cet imbroglio politico judiciaire, et pour l’image de notre pays, chaque partie devrait jouer son rôle. Du côté judiciaire, face à une procédure viciée, la seule issue de la justice pour démontrer qu’elle n’est pas instrumentalisée et n’agit pas aux ordres, c’est classer sans suite les faits qui lu sont reprochés dans cette affaire, et j’insiste bien, dans cette affaire de mœurs et inceste, qui n’est soutenue par aucun élément de preuve. Maintenant s’il y a d’autres choses qu’on reproche à ce citoyen qui a droit à une justice équitable, qu’on le dise clairement. Une fois que la justice va blanchir Mr Opiangha, le politique devrait emboîter le pas en garantissant sa sécurité pour son retour au bercail. Enfin, je devrais dire sa réapparition publique, parce que pour l’instant, je ne sais pas s’il est en vie ou pas, s’il dans ou hors du pays, la seule chose qui compte c’est son retour dans la société » a-t-il souhaité, avant de tirer la sonnette d’alarme « La nouvelle ère instaurée par le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions depuis le 30 août 2023 devrait nous faire oublier des oripeaux du régime précédant qui prétendait une chose et faisait le contraire. Le judiciaire ne doit plus être au service de l’exécutif. Cette relation incestueuse édulcore l’Etat de droit et ne permet pas aux justiciers de faire convenablement leur travail. D’où la chienlit observée. Vivement que la Restauration de la justice soit une priorité pour garantir le droit à tous » a-t-il conclu.
Note de la Rédaction : Sans commentaire !
















