Par Hugues Séverin BALIKIDRA, SGA du Parti REGARD, Ancien candidat au 3ème siège du Département de la Sébé-Brikolo
Les élections législatives et locales du 27 septembre 2025 s’inscrivaient officiellement dans la dynamique de restauration des institutions, telle que voulue et annoncée par les plus hautes autorités. Après la présidentielle, qui avait suscité beaucoup d’espoir en matière de transparence et de maturité politique, ces scrutins intermédiaires devaient confirmer l’ancrage démocratique. Or, la réalité du processus électoral a révélé des contradictions profondes qui interrogent sur la sincérité du système et sur l’avenir de la gouvernance démocratique au Gabon.
1. Des irrégularités structurelles et organisationnelles
Le processus électoral s’est distingué par des failles de fond et de forme :
• La gestion des candidatures : le Chef de l’État lui-même avait pointé du doigt la mauvaise organisation dans le traitement des dossiers, ce qui traduit une incapacité institutionnelle à assurer un cadre crédible dès la phase préparatoire.
• Les procurations massives : utilisées de manière inégale, elles ont favorisé certains candidats au détriment d’autres, remettant en cause le principe d’équité électorale.
• L’argent au cœur du vote : l’absence de franc électoral n’a pas empêché l’usage ostentatoire d’espèces sonnantes et trébuchantes, accentuant l’idée que le vote s’achète plus qu’il ne s’exprime librement.
• Les incohérences chiffrées : l’annonce de résultats montrant plus de votants que d’inscrits a profondément choqué l’opinion et entamé la crédibilité des institutions organisatrices.
2. Les pratiques frauduleuses et leur impact
Au-delà de l’organisation, des pratiques politiques déloyales se sont affirmées :
• Transport d’électeurs dans des véhicules collectifs (Coster), dénaturant la logique territoriale du vote.
• Basculantes scandaleuses d’électeurs entre circonscriptions, signe de manipulations électorales orchestrées.
• Victoire des plus fortunés : la richesse s’est imposée comme critère déterminant, marginalisant les candidats porteurs de projets mais dépourvus de moyens financiers.
Ces éléments traduisent un retour aux pratiques anciennes, où le clientélisme, l’achat de consciences et les manœuvres administratives l’emportent sur la sincérité du suffrage.
3. La dilution de la maturité politique acquise
La présidentielle de 2023 avait semblé marquer un tournant : mobilisation citoyenne accrue, exigence de transparence, volonté des électeurs de défendre leur choix. Cette dynamique, considérée comme une maturité politique nouvelle, a été brutalement diluée lors des législatives et locales.
• Les populations, bien que plus conscientes, se sont retrouvées face à des mécanismes verrouillés et difficilement contournables.
• La confiance fragile qui commençait à s’installer entre gouvernés et gouvernants a été ébranlée.
• Le contraste entre l’espoir présidentiel et la réalité législative a créé un sentiment de régression démocratique.
4. Conséquences politiques et perspectives
Le contexte actuel laisse apparaître plusieurs conséquences majeures :
• Crise de crédibilité des institutions électorales, accusées de partialité et d’incompétence.
• Renforcement du cynisme politique : pour beaucoup, l’élection ne serait plus un choix citoyen mais un marché.
• Risque de fracture sociale et politique : entre ceux qui continuent à espérer une réforme en profondeur et ceux qui, désabusés, se résignent ou s’abstiennent.
En définitive, loin de parachever la restauration des institutions, ces élections ont révélé la fragilité de la transition démocratique gabonaise. La maturité politique amorcée a été étouffée par des pratiques anciennes, démontrant que la restauration des institutions ne peut se limiter à des discours ou à des échéances électorales, mais qu’elle exige une volonté politique réelle, un renforcement de la transparence et une rupture avec les logiques clientélistes.
