
» La démocratie moderne repose sur une architecture institutionnelle fondée sur la séparation et l’équilibre des pouvoirs. Dans cette perspective, l’Exécutif et le Législatif doivent fonctionner comme deux entités distinctes, dotées de rôles et de prérogatives propres. Or, dans de nombreux contextes africains, dont le Gabon, persiste une confusion structurelle et culturelle entre les fonctions de Député et celles de membre du Gouvernement. Cette confusion est alimentée par des conceptions sociales et politiques que l’on peut rapprocher du concept de “carte du monde” en PNL, selon lequel chaque individu, chaque groupe ou la doxa développe sa propre représentation de la réalité sociale et politique. Cette représentation, lorsqu’elle s’éloigne des principes institutionnels fondamentaux, influence négativement la mentalité collective, ses valeurs et ses croyances.
L’annonce en son temps, du Président de la Transition, stipulant que désormais la nomination au Gouvernement ne dépendra plus du mandat parlementaire, constitue une rupture avec la pratique antérieure et appelle une réflexion sur les implications de cette clarification.
Les rôles distincts du député et du membre du Gouvernement
Le député, représentant du peuple et acteur du contrôle est avant tout l’émanation du suffrage universel. Son rôle se décline autour de trois fonctions principales :
Représenter les citoyens, en portant leurs préoccupations et aspirations au sein de l’Assemblée Nationale ;
Légiférer, en participant à l’élaboration, la modification et l’abrogation des lois ;
Contrôler l’action gouvernementale, en veillant à ce que l’Exécutif respecte la Constitution, les lois et les intérêts de la nation.
Le Député est donc un acteur du contre-pouvoir, dont la légitimité se fonde directement sur le vote populaire.
Le membre du Gouvernement : acteur de l’Exécutif quant à lui, n’est pas l’élu direct du peuple. Il est nommé par le Chef de l’État ou le Premier ministre, selon les systèmes, pour mettre en œuvre une politique publique. Ses responsabilités consistent à : Exécuter les lois votées par le Parlement ; Conduire l’action gouvernementale dans un secteur donné ; Rendre compte de sa gestion devant le Parlement et, indirectement, devant la population.
Le ministre est donc un acteur opérationnel, chargé de la conduite de l’État dans son domaine de compétence.
Les effets pervers du cumul des rôles
Une contradiction institutionnelle
Lorsqu’un ministre est en même temps Député, ou lorsqu’il détient une légitimité élective qui se prolonge par un suppléant, il s’installe une contradiction majeure :
Comme Député, il doit contrôler le Gouvernement Comme Ministre, il doit rendre des comptes au Parlement.
Cette double position place l’individu dans une situation intenable et mine l’équilibre des pouvoirs.
L’affaiblissement du rôle du suppléant
Dans la pratique gabonaise, le Député devenu Ministre cède son siège à un suppléant. Or, ce dernier n’est souvent qu’un vassal politique, sans réelle autonomie. Il se retrouve placé sous l’autorité informelle de son “tuteur-persécuteur” resté ministre. Cette dépendance transforme l’Assemblée en chambre d’enregistrement et vide de sa substance la mission de contrôle parlementaire.
La mentalité de “l’homme d’État alimentaire”
La confusion des rôles engendre une posture décrite comme “l’aplaventrisme politique” :
Le ministre-député cherche dans le mandat électif une assurance de survie politique, une “bouée de sauvetage” en cas d’exclusion du Gouvernement. Cette attitude traduit une logique d’intérêt personnel plutôt qu’une véritable vocation de service public. Elle renforce le clientélisme et l’idée que le pouvoir est un patrimoine à conserver coûte que coûte, plutôt qu’une mission temporaire confiée par le peuple.
Les implications sociales et politiques de cette confusion
La personnalisation du pouvoir
Lorsque le ministre contrôle indirectement son suppléant, le pouvoir exécutif et législatif se concentrent dans les mains d’un seul individu. Cette situation favorise les dérives autoritaires et la personnalisation du pouvoir, contraire à l’esprit démocratique.
La dévalorisation des institutions
La population, observant cette confusion, développe une perception biaisée. Le Député n’apparaît plus comme le porte-parole des citoyens, mais comme un agent subordonné de l’Exécutif . Le Ministre n’est plus perçu comme un gestionnaire de l’État, mais comme un politicien en quête de sécurité personnelle.
Ce brouillage contribue à une crise de confiance envers les institutions républicaines.
Le blocage du renouvellement politique
En occupant simultanément les espaces exécutifs et législatifs, une élite politique verrouille l’accès des autres citoyens aux postes électifs. Cette pratique nourrit la frustration sociale, accentue l’exclusion des jeunes et compromet le renouvellement de la classe politique.
En somme, la clarification entre les rôles du Député et du Membre du Gouvernement n’est pas une simple question technique ou juridique : elle relève d’une vision de société et de la qualité même de la démocratie. Permettre le cumul ou l’interpénétration des fonctions revient à fragiliser la séparation des pouvoirs, à affaiblir le Parlement et à nourrir des pratiques politiques opportunistes et clientélistes. D’ailleurs, ce cumul est une forme de perpétuation de la géopolitique, objectivement refoulée récemment par le Chef de l’Etat.
Par Hugues Séverin BALIKIDRA, Analyste et Evaluateur de Projet,4ème promotion du Master 2 ISTA (Organisme international de la CEMAC). Praticien Base en Programmation Neuro-Linguistique et Analyse Transactionnelle. SGA du Parti REGARD, candidat au 3ème siège du Département de la SEBE-BRIKOLO