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Politique-Gabon/Discours du Chef de l’État à la Nation : Analyse de Hugues Séverin BALIKIDRA.

 

Après l’allocution traditionnelle du Président de la République, Chef de l’État et du gouvernement Brice Clotaire Oligui Nguema Hugues Séverin Balikidra Analyste et Évaluateur de Projets, diplômé de l’ISTA (organisme international de la CEMAC), Secrétaire Général du Parti Politique REGARD, candidat à la députation au 3ème siège de la SEBE-BRIKOLO a décortiqué ce qu’on appeler le premier grand discours de la cinquième République.

Hugues Séverin Balikidra Secrétaire général adjoint du Parti REGARD candidat à la prochaine élection législative

La géopolitique est l’étude des relations de pouvoir sur ou pour le territoire, en tenant compte des facteurs géographiques, politiques, historiques et culturels. Elle analyse comment les facteurs géographiques (relief, ressources, frontières) influencent les relations entre les États et d’autres acteurs (entreprises, groupes) dans un contexte de rivalités et de coopération.

En d’autres termes, la géopolitique examine comment les intérêts, les pouvoirs et les représentations des différents acteurs interagissent et se manifestent dans l’espace géographique, et comment cela peut conduire à des conflits ou à des coopérations.

Au Gabon, arrivée au pouvoir en 1967, le Président OMAR BONGO va instaurer la géopolitique comme mode de gouvernance politique. Aujourd’hui, à l’heure de la 5ème République, le Président BRICE CLOTAIRE OLIGUI NGUEMA s’adressant à ses concitoyens a annoncé la fin des balançoires politiques.

1. La genèse d’un système : la géopolitique à la gabonaise

• À l’origine, Omar BONGO ONDIMBA conçoit un mode de gouvernance adapté à la réalité gabonaise :

o S’appuyer sur des piliers politiques locaux (les « doyens politiques ») pour mailler le territoire.

o Garantir la cohésion nationale en intégrant toutes les provinces dans un système de représentation et de redistribution.

o Créer une pyramide inversée : la base populaire en haut, l’élite subordonnée en bas au service du peuple, avec le président comme arbitre suprême.

Ce système a eu des vertus initiales : pacification, cohésion ethnique et territoriale, contrôle social, stabilité politique.

2. La perversion progressive du système

Avec le temps, la géopolitique a muté en un instrument de conservation personnelle du pouvoir, au détriment du bien commun :

• Captation des ressources par les doyens politiques, devenus de véritables seigneurs locaux, imposant leur loi.

• Nomination clientéliste : les promotions administratives et politiques étaient liées à la loyauté envers un doyen, non à la compétence.

• Persécution des contestataires : toute élite émergente indépendante (jeunes cadres, fonctionnaires compétents, leaders associatifs) était marginalisée ou brisée dans sa carrière.

• Émergence d’un « triangle de la nubilité » :

o Les doyens comme régents-dictateurs.

o Les nommés comme vassaux.

o Le peuple, instrumentalisé par une logique alimentaire et paternaliste.

Le modèle a fini par fossiliser la société gabonaise, bloquant l’innovation, la méritocratie et la mobilité sociale.

3.  moment de rupture : crise et délégitimation

• Sous Ali BONGO Ondimba la géopolitique s’est radicalisée :

o Plus fermée, plus autoritaire, souvent comparée à une secte d’exclusion (« Ku Klux Klan » selon l’analogie populaire).

o La jeunesse éduquée, frustrée par la confiscation des opportunités, est devenue un foyer de contestation.

o Des figures locales ont symbolisé cette révolte des compétences contre la gérontocratie.

La transition du 30 août 2023 a été le point de bascule historique : effondrement du modèle de gouvernance à la Borgia, ouverture d’une nouvelle ère.

4. La rupture de Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA : de la géopolitique à la méritocratie

Dans son discours à la nation d’août 2025, le Président de la République, Chef de l’Etat, Chef du Gouvernement, premier Président de la Cinquième République :

• Enterre officiellement la géopolitique comme système de pouvoir.

• Déclare vouloir fonder la gouvernance sur la méritocratie :

o Nomination basée sur la compétence, l’intégrité et la performance.

o Fin du clientélisme provincial et tribal.

o Construction d’un État moderne qui reconnaît la valeur de chaque citoyen indépendamment de ses réseaux.

C’est un tournant majeur : une tentative de réconcilier le politique avec le mérite, et de replacer l’intérêt général au cœur de l’action publique.

5. Enjeux et défis de cette mutation

1. Défi culturel : la géopolitique a été intériorisée par la population comme norme. Sortir de la logique des doyens et de la « politique alimentaire » exigera une révolution des mentalités.

2. Défi institutionnel : la méritocratie suppose une administration forte, transparente, évaluée, or l’État a été fragilisé par le népotisme.

3. Défi politique : les anciens doyens et réseaux clientélistes chercheront à se recomposer, à saboter la réforme pour conserver leurs privilèges. Mieux certains proches du Président à l’occasion des élections par exemple, utiliseront le NOM du PRESIDENT comme un slogan politique pour matraquer les consciences, en vue de se faire élire.

4. Défi socio-économique : si la méritocratie ne s’accompagne pas de résultats visibles (emplois, infrastructures, justice sociale), elle risque d’être perçue comme un slogan vide.

6. Perspectives : vers une nouvelle culture politique gabonaise ?

• Si la rupture est effective, le Gabon pourrait amorcer une transition civilisationnelle : passer d’un État de rente et de réseaux à un État de service public.

• La méritocratie, si elle est institutionnalisée, pourrait favoriser :

o La montée en puissance de la jeunesse compétente.

o La modernisation économique (innovation, entrepreneuriat, compétitivité).

o La réconciliation nationale en brisant les clivages ethno-régionaux.

Mais si la réforme échoue, le pays risque un retour au cycle des « piliers politiques », sous de nouvelles formes, entraînant désillusion et instabilité.

En définitive

La décision de Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA de mettre fin à la géopolitique gabonaise est l’acte fondateur d’une Cinquième République qui se veut post-clientéliste et post-gérontocratique. Elle marque une rupture historique avec 56 ans de pratiques enracinées.

Toutefois, le succès dépendra de la capacité du pouvoir à traduire la méritocratie en réalités tangibles et à résister aux tentatives de récupération par les anciens réseaux.

En clair, nous sommes face à un moment charnière : soit la naissance d’un État gabonais moderne fondé sur la compétence, soit la reproduction d’un vieux modèle sous un habillage nouveau.

Hugues Séverin Balikidra