Le Conseil des ministres du 12 juillet 2025 a été l’occasion pour le ministre de la Réforme et des Relations avec les Institutions de soumettre au Président de la République, Président du Gouvernement et Chef de l’État, M. Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, trois projets d’ordonnances.
Parmi eux, le plus marquant est celui accordant une amnistie générale aux auteurs, co-auteurs et complices, militaires, ou civils impliqués dans les événements survenus entre le 29 août et le 4 septembre 2025. Ce projet s’appuie sur la nouvelle Constitution, notamment ses articles 99 et 170.
Nous rappelons avoir vigoureusement combattu cette disposition lors du référendum constitutionnel de novembre 2024, car elle nous paraissait non inclusive, discriminatoire et sectaire. Nos critiques reposaient sur :
1. L’absence d’une liste claire et exhaustive des bénéficiaires et des motifs précis justifiant cette amnistie.
2. L’exclusion du lieutenant Kelly Ondo et de ses frères d’armes de la demande initiale
Aujourd’hui, huit mois plus tard, bien que toutes nos revendications n’aient pas été satisfaites, nous prenons acte de la décision du Conseil des ministres, dans la mesure où le lieutenant Kelly Ondo et ses compagnons seront enfin libérés, au terme d’un processus que nous espérons transparent, juste et inclusif.
Cependant, des inquiétudes persistent :
.L’absence de mesures d’accompagnement claires.
.Le silence sur le sort des deux soldats abattus lors de la riposte de l’armée loyaliste.
Nous suggérons au Gouvernement :
1. La mise en place d’un véritable programme de réinsertion sociale et de réintégration professionnelle, conduit par des personnes compétentes.
2. Une réparation équitable des préjudices subis.
3. Un avancement automatique pour compenser les quatre années de carrière perdues en détention.
4. L’indemnisation des familles des disparus.
5. L’édification d’un mémorial en l’honneur des soldats tombés.
Accorder une amnistie sans réparer tous les préjudices serait insuffisant. Voir la loi promulguée et les bénéficiaires réintégrés dans l’armée est une chose ; garantir que cette réintégration soit juste, équilibrée et inclusive en est une autre.
Nous appelons donc les Gabonais à rester vigilants jusqu’à la conclusion effective de ce dossier. L’omission du cas des deux soldats tués dans le communiqué final du Conseil des ministres nous attriste profondément et jette un doute sur la volonté réelle du Gouvernement d’aller au bout de ce processus.
Si cette loi est promulguée dans des délais raisonnables, malgré l’absence d’informations précises sur les membres du CTRI et leurs associés, elle permettra néanmoins de réparer une injustice flagrante et contribuera à renforcer la cohésion nationale.
Nous saluons cette avancée historique et attendons que le Gouvernement de la Ve République traduise ses déclarations en actes concrets, en mettant en place un processus réparateur équitable pour toutes les victimes de ce coup d’État avorté.
Sur la gouvernance actuelle
Nous militons pour une opposition démocratique et républicaine, respectueuse des lois de la République, y compris celles que nous avons combattues avant leur promulgation.
Toutefois, nous constatons qu’avant ce dernier Conseil des ministres, le Gouvernement a organisé un séminaire pour célébrer des « victoires » à peine perceptibles. Ce réflexe, hérité du régime déchu, donne l’impression d’une reproduction à l’identique de pratiques dépassées, destinées à masquer les insuffisances.
Il est difficile de comprendre l’intérêt d’un tel bilan prématuré : moins de quatre mois après sa mise en place, sans nous avoir présenté au préalable un état des lieux systémique du pays après la transition.
Le Gouvernement dispose encore de sept ans pour réaliser son projet de société, annoncé comme reposant sur six piliers. Pour l’opinion publique, un bilan à mi-parcours se justifierait mieux.
Les défis sont pourtant connus :
Stress énergétique.
Sort des déguerpis du Grand Libreville et de Port-Gentil.
Vie chère.
Chômage des jeunes.
En revanche, nous déplorons l’absence, en 100 jours, d’outils performants de planification et de suivi pour mettre en œuvre ce projet de société, plébiscité par près de 95 % des Gabonais. Après la formation du Gouvernement et du Cabinet présidentiel, les Gabonais s’attendaient à un renouvellement en profondeur de la haute administration, adapté aux ambitions de la Ve République.
La mise en place partielle et timide de cette réforme traduit une faiblesse stratégique, rendant les actions menées illisibles et donnant l’impression d’un simple changement de visage à la tête de l’État.
Le retour sur le devant de la scène de certains compatriotes qui ont contribué à la dégradation de notre modèle social est une insulte à la mémoire de nos martyrs. Les entendre aujourd’hui se plaindre « d’ingratitude » est une honte. Ces gesticulations inopportunes doivent cesser, pour éviter que ces personnages lugubres ne servent de contre-exemple au moment où notre République tente péniblement de se relever.
Nous appelons à une véritable rupture et à un renouvellement profond des élites politico -administratives, condition indispensable au redressement de notre pays.
Je vous remercie.
Dr Stéphane Germain ILOKO BOUSSENGUI
Président du LRA
