Dans une déclaration publique faite le 26 juin dernier, la Coalition pour la Nouvelle République (CNR) a dressé un bilan à mi-parcours des 100 jours du gouvernement post-transition. Occasion pour Vincent Moulengui Boukossou et les siens de dénoncer une justice à géométrie variable, suite à la libération inexpliquée et à l’extradition nocturne des proches d’Ali Bongo Ondimba, alors que d’autres compatriotes liés à ce dossier croupissent toujours à la prison centrale de Libreville. Mieux, la Coalition a dénoncé la persécution dont est victime Hervé Patrick Opiangah, affirmant qu’il n’a eu la vie sauve que grâce à son départ précipité en exil.
En effet, dans cette déclaration aux allures de réquisitoire musclé à l’encontre de la 5ème République, la Coalition pour la Nouvelle République a directement indexé le Président de la République, Président du Conseil Supérieur de la Magistrature comme le principal responsable de l’exfiltration de Sylvia Bongo Valentin et son fils Noureddin Bongo Valentin. Ce qui pose, selon ce regroupement d’acteurs politiques, l’épineux problème de la Séparation des Pouvoirs entre l’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire.
Pour la CNR, cette exfiltration en catimini de personnes placées en détention préventive pour des faits suffisamment graves soulève de nombreuses interrogations. À savoir, qui avait intérêt à ce qu’il n’y ait pas de procès ? A qui profite cette exfiltration ? Qui avait peur de la libération de la parole?
Une exfiltration qui vient, selon la Coalition pour la Nouvelle République, conforter, une fois de plus, la thèse d’un « pouvoir judiciaire aux ordres » et « au service d’une oligarchie gouvernante » contre le peuple gabonais. ‘’Une justice complaisante pour certains criminels, et qui en persécute d’autres jusque hors de nos frontières; une justice qui ne pourrait plus rassurer le peuple, lorsqu’il constate, par exemple, que Monsieur Lee Whyte, comme les membres de la famille Bongo, s’exfiltrent aux yeux de la justice gabonaise’’, a regretté le porte parole de la Coalition pour la Nouvelle République.
Pour démontrer le caractère discriminatoire de la justice gabonaise, qui fait du « deux poids, deux mesures« , Vincent Moulengui Boukossou a pris des exemples frappants et troublants. Concernant les raisons de santé invoquées par le Procureur Général pour justifier cette libération, la CNR a présenté le cas de Brice Lacruche Alihanga, accusé de faits similaires et écroué à la prison centrale de Libreville, qui a été contraint de se présenter à la barre en dépit d’une pathologie visiblement grave, et qui n’a été libéré qu’après la séquence du jugement et de la condamnation, le gouvernement de la Transition alléguant des « raisons médicales ». Tout comme le cas du Lieutenant Kelly Ondo, de la Garde Républicaine, auteur du coup d’État manqué du 07 janvier 2019, qui a comparu à la barre, et qui continue cependant de croupir dans les geôles de la prison centrale de Libreville, pour les mêmes faits que ses frères d’armes du CTRI qui, eux, ont été érigés en « libérateurs« , et ont été amnistiés par la Constitution en vigueur.
La Coalition pour la Nouvelle République n’a pas omis le cas d’Opiangah. Dans cette déclaration, elle s’est offusquée de la persécution dont Hervé Patrick Opiangah est victime. ‘’Il est traqué par les agents de la GR et des Services Spéciaux et poursuivi par la justice gabonaise pour des faits prétendument de viol et d’atteinte aux mœurs démentis par la présumée victime, et qui doit son salut à son exil, laissant derrière lui une famille et près de 7000 Gabonais menacés de chômage’’, a dénoncé le porte parole.
Si une chose est évidente pour la Coalition pour la Nouvelle République, c’est l’embrigadement de la justice par la politique. Et Vincent Moulengui Boukossou d’interroger : ‘’Pourquoi cette pratique du deux poids, deux mesures dans une République qui se veut un État de Droit, et qui prétend placer l’indépendance de la justice au cœur de ses priorités’’ ?
Aux responsables des juridictions qui ont la mission de faire appliquer la justice en toute indépendance de répondre.
Par Ange Maya