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Politique-Gabon/Affaire Opiangah : Quel État de droit pour la 5ème République ?

Le Président de la République, Chef de l'État, Chef du gouvernement, et président du Conseil Supérieur de la Magistrature pointé du doigt par le CNR dans le disfonctionnement de la justice

La prestation de serment du Président de la République, Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema devant un parterre d’invités marque l’entrée du Gabon dans ce qu’on appelle désormais la 5ème République. Une nouvelle République qui ne devrait pas être, simplement, un dogme du nouvel homme fort, mais une véritable mutation vers un État de droit où la justice et le respect des valeurs humaines sont garantis à tous. Vu sous cet angle, le nouveau pouvoir devrait se démarquer en posant des actes qui tendraient à créer un climat rassurant pour l’avenir. Et, parmi ces actes, est attendue la clarification de l’affaire Opiangah qui continue à défrayer la chronique.

Incapables de dire le droit dans l’affaire Opiangah, la justice gabonaise désormais faire face à la justice international

Le Gabon entre dans la 5ème République avec une tâche indélébile qui écorne son image et érode sa réputation à l’international. Ce qui remet en question la volonté des nouvelles autorités à instaurer un véritable État de droit. Cette tâche indélébile : c’est l’affaire dite Opiangah. Une affaire pendante, depuis plus de six mois. Une affaire dans laquelle la justice gabonaise n’arrive pas toujours à dire le droit.

Chronologie : mi-novembre 2024, Hervé Patrick Opiangah avait pris position et appelé à voter contre le projet de Constitution soumis au peuple par voie référendaire, à travers sa déclaration historique du 14 novembre 2024. Résultat : un complot a été monté contre lui, à travers des accusations infondées, montées de toutes pièces, avec, à la manœuvre, le Procureur de la République. Une traque contre Opiangah fut lancée le 20 novembre 2024 avec des perquisitions illégales à ses différents domiciles, la confiscation de son coffre-fort et de nombreux objets de valeurs, l’arrestation arbitraire de ses proches, la scellée des entreprises. Une situation qui contraindra, le Président de l’Union pour la Démocratie et l’Intégration Sociale, à prendre le chemin de l’exil pour sauver sa peau.

Depuis lors, l’eau a coulé sous les ponts, et le temps – qui est le second nom de Dieu -, a fini par révéler la vérité : Hervé Patrick Opiangah est victime d’une machination politique.

Le Procureur de la République Bruno Obiang Mvé doit des explications à la Commission Africaine

Une thèse corroborée par ses avocats, qui, au regard de l’instrumentalisation de la justice gabonaise incapable de dire le droit, ont déposé le dossier à la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. Une démarche qui vient mettre à nue les tares de la justice gabonaise qui n’arrive pas à assumer son indépendance.

La 5ème République, dont se targue désormais le Gabon, va-t-elle s’accommoder de l’ordre ancien où l’État de droit ne serait qu’un déguisement pour se donner bonne conscience ? C’est ce que redoute de nombreux observateurs avertis.

Un magistrat retraité a déclaré que « la classification des différentes Républiques ne servirait à rien si rien ne change fondamentalement dans la perception que l’on a du pouvoir. Et rien ne présume que cette 5ème République sera mieux que les précédentes ». Après, un soupir inexprimable, il a ajouté que « cette nouvelle République doit être marquée du sceau du respect scrupuleux des principes inviolables d’un État de Droit pour garantir à tous et à chacun une justice juste et équitable ». Enfin, « nous ne voulons plus continuer à naviguer en eaux troubles où la justice est au service d’une caste, recevant les ordres des politiques pour rendre ses décisions, où la justice sert de paravent pour régler des comptes aux adversaires politiques », s’est indigné notre interlocuteur qui a préféré garder l’anonymat.

Le Procureur général Eddy Minang désormais dans l’œil du cyclone de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples

Pourtant, la justice et le respect de l’Etat droit sont les ingrédients d’une bonne gouvernance et d’une nouvelle République. Selon le rapport des Nations Unies, intitulé « Nouvelle vision de l’État de droit avancée par le Secrétaire général », « pour pouvoir servir les citoyens, l’État de droit doit respecter pleinement les droits humains, y compris les droits économiques, sociaux et culturels, comme je l’ai indiqué dans mon appel à l’action en faveur des droits humains. Les droits humains et l’État de droit se renforcent mutuellement – la promotion de l’État de droit est essentielle à la protection de tous les droits humains, et les droits humains sont au cœur de l’État de droit. Nous devons aller d’urgence et collectivement vers des systèmes judiciaires plus transparents, plus inclusifs et plus réactifs. Les juges doivent être indépendants et libres de toute ingérence politique. »

 »L’affaire Opiangah » reste un véritable test majeur pour voir la direction que prendra la justice dans cette affaire qui ne devait pas se retrouver devant les juridictions internationales.

Mme Amorissani Lays Cynthia pendant la déclaration

Mais la justice gabonaise a encore le temps de se rattraper. L’Inspection Générale des Services (IGS) du ministère de la Justice devrait se pencher sur le dossier Opiangah pour déceler toutes les irrégularités flagrantes relevées dans la procédure. L’IGS devrait savoir pourquoi le Procureur de la République, près du Tribunal de première instance de Libreville, a engagé des poursuites sans qu’une plainte ne soit, au préalable déposée, dans ses services. Pourquoi ledit Procureur a menti sur la date de dépôt de plainte par la mère de la présumée victime ? Pourquoi les déclarations de la présumée victime n’ont jamais été prises en compte et sa plainte contre les diffamateurs est restée sans suite jusqu’alors ? Pourquoi le maître des poursuites a maintenu la procédure alors que le dossier était vide ? Pourquoi, depuis plus de deux mois, le Procureur général n’arrive toujours pas à transmettre ce dossier à la Chambre d’accusation ?

Des réponses à toutes ces questions, entre à bien d’autres, pourront permettre à l’IGS de prendre ses responsabilités et d’entamer des procédures disciplinaires contre les fossoyeurs de la justice qui sont tapis dans le corps judiciaire.

En tout état de cause, le Président élu Brice Clo taire Oligui Nguema est à la croiser des chemins face à la situation que traverse Hervé Patrick Opiangah : laisser la justice dire le droit, en toute liberté, serait un geste fort pour la 5ème  République, puisque ce dossier politique s’est curieusement retrouvé sur la table des magistrats. Continuer à maintenir le suspens sur la suite à donner à cette affaire signifierait tout simplement que cette nouvelle République, appelée de nos vœux, n’est que de la poudre de perlimpinpin.

Par Cresas Bidza bi Nze