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Politique-Gabon/Affaire Opiangah ou les prémices d’une dictature vernissée ?

Les deux hommes au lendemain du Coup d'Etat du 30 août

Le feuilleton politico-judiciaire contre Hervé Patrick Opiangah qui empoisonne le climat socio-politique du Gabon depuis plus de quatre mois, quoique anodin pour certains, est révélateur à plus d’un titre, de l’état d’esprit qui anime le Président de la Transition, chef de l’État et candidat à l’élection présidentielle du 12 avril, Brice Clotaire Oligui Nguema. Seul et unique garant d’un véritable État de Droit et des libertés fondamentales, celui-ci semble se murer dans un silence complice. Attitude des disciples de Machiavel qui sont reconnus par leur indifférence aux cris de souffrance et d’injustice que poussent leurs semblables.

Le Président candidat Brice Clotaire Oligui Nguema face au dilemme Opiangah

Ce qu’on appelle désormais  »Opiangahgate », cette affaire montée de toutes pièces pour mettre hors d’état de nuire d’un compatriote qui n’a rien à se rapprocher commence va finir par révéler la véritable nature des ‘’libérateurs du 30 août 2023’’, qui ont annoncé la restauration des institutions et de la dignité des Gabonais. Des slogans que l’affaire Opiangah vient sérieusement mettre en question au regard des dysfonctionnements observés non seulement dans la procédure judiciaire engagée, mais également sur l’indifférence affichée par les plus Hautes autorités.

D’abord la méthode. Étant désormais établi qu’Hervé Patrick Opiangah n’a commis aucun crime qui puisse justifier la mise en branle de l’appareil judiciaire et des violences enregistrées, il a été démontré non seulement par les Avocats de ce dernier, mais également par le Directoire de son parti politique que la persécution contre sa personne a commencé au lendemain de la déclaration du 14 novembre 2024, où prenait, après argumentation, position pour le NON au scrutin référendaire qui devait avoir lieu deux jours plus tard. Une thèse confortée par les déclarations mensongères du Procureur de la République qui s’est rendu coupable de parjure pour justifier l’assaut lancé contre les domiciles d’Opiangah. Pire, les atermoiements entretenus par le Procureur général, qui ne veut toujours pas transmettre le dossier d’appel à la Chambre d’accusation, présume une main noire, désormais visible et identifiée qui dicte la conduite à tenir dans cette affaire.

Hervé Patrick Opiangah, exilé politique de la Transition

Face à cette imbroglio politico-judiciaire, il est regrettable de constater le silence des principaux acteurs politiques qui n’arrivent pas à proposer une solution politique, des sages qui peuvent plus inviter les uns et les autres sous l’arbre à palabre, du corps diplomatique qui rumine en silence, du clergé qui n’arrive pas à tirer la sonnette d’alarme face à cette injustice, la société civile devenue complaisante, le Corps judiciaire toujours sous les ordres. Toutes les correspondances adressées par le Directoire de l’Union pour la Démocratie et l’Intégration (UDIS), aucun retour n’a été enregistré officiellement. Pire, aucun petit doigt n’a été levé pour rappeler les principes fondamentaux d’un État de Droit et le respect des libertés individuelles pour toute nation qui se veut démocratique.

Pour un acteur politique proche du Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions, « Le dossier concernant l’affaire Opiangah plonge le pays tout entier et principalement les autorités de la Transition dans une situation ubuesque. Il montre aux yeux du monde l’immaturité de certains à dépasser leurs humeurs », a-t-il déclaré d’entrée, avant de poursuivre que, « Quand on ne peut pas dire la vérité au chef, parce qu’on ne sait pas comment il réagira, ça donne le silence qu’on observe actuellement. Or, il est reconnu que quand on garde le silence devant une injustice, c’est qu’on a choisi le côté de l’oppresseur. Pourtant intérieurement, nombreux savent que ce dossier écorne sérieusement notre pays et la Transition qui tire à sa fin. Mais personne n’a le courage de dire au Chef de siffler la fin de la récréation », a-t-il regretté en souhaitant de garder l’anonymat.

Au lendemain du 30 août 2023, Hervé Patrick Opiangha et Brice Clotaire Oligui Nguema chez Albert Ondo Ossa

Le magistrat, membre du Syndicat National des Magistrats du Gabon (SYNAMAG), notre consultant n’est pas allé par le dos de la cuillère en dénonçant ce qu’il appelle « Les prémices d’une dictature ». Pour lui, « l’affaire Opiangah met au grand jour, les prémices d’une dictature qui vont se développer au fur et à mesure », et d’argumenter que, « Lorsque dans un État qui se dit de Droit, l’on est inquiété pour ses opinions, lorsque la justice est instrumentalisée pour des bases besognes politiques, qu’elle fabrique des preuves pour faire plaisir au politique, lorsque les institutions deviennent sourds, aveugles, muets et insensibles, lorsque les collaborateurs du chef ont peur de lui montrer la vérité et qu’ils sont complaisants à tous égards, lorsque le chef devient insensible aux cris de sa population, vous pouvez être sûr d’être sur un boulevard qui vous mène tout droit au cœur d’une dictature ». Et de préciser que, « Ce qui est plus inquiétant c’est qu’une grande partie de la population va continuer à applaudir le dictateur en herbe, ce qui le conforte dans sa position, oubliant que tôt ou tard, la gangrène finira par atteindre leurs zones de confort », a-t-il averti.

 »L’affaire Opiangah » reste donc un test de grandeur nature pour le Président-candidat Brice Clotaire Oligui Nguema. Continuer à afficher l’indifférence face à des milliers de familles qui sont paupérisées et livrées désormais à la mendicité pour des querelles politiciennes donnerait des arguments à ceux qui pensent que le pays se glisse insidieusement vers une dictature vernissée où les libertés fondamentales seront fortement menacées. Au Président-candidat de démontrer le contraire.

Par Cresas Bidza